écrire pour les autres

Quelques pistes de réflexion autour de l’objectif de l’écriture pour autrui.

Écrire pour soi. Écrire, guidé par la passion ou par l’envie, voire la nécessité. C’est un loisir, parfois un métier quand ce n’est pas une obsession. Pourtant, l’écrivain public, l’auteur conseil ou le conseiller en écriture sont une autre forme d’écrivain.

Selon un confrère et néanmoins ami, un écrivain public, « ça n’est pas un écrivain ». En un sens, cette idée est réaliste. Écrire pour autrui nécessite de saisir l’autre et son univers pour pouvoir lui donner ce dont il a besoin. En outre, savoir faire silence et écouter sont des qualités essentielles pour ces métiers de services. Tout cela est d’autant plus vrai que cet ami reçoit ses clients dans son établissement, à Nice, depuis bien des années, qu’il pratique ce métier avec conscience et que je sais son expérience précieuse. Son analyse est fine et perspicace.

Pourtant, qu’est-ce qui dépasse les différences entre un écrivain et un écrivant, comme il est courant de qualifier ceux qui écrivent pour autrui ? Écrire pour les autres nécessite de savoir écrire, c’est un fait, savoir et maîtriser les langages, administratif, poétique, juridique, littéraire, visuel… Il faut comprendre ce que veut votre client et qu’il n’exprime pourtant pas pleinement. Savoir lire entre les lignes en somme. En outre, le but sera de saisir ce que désire l’autre et comprendre comment il aurait aimé le dire s’il le pouvait : rendre le non-dit intelligible.

 

Je reste persuadé que pour comprendre le besoin de l’autre, il ne suffit pas d’être en empathie et de développer son écoute. La maîtrise du langage passe par la perception de notre environnement et par le langage de l’autre car c’est, en effet, toujours la langue d’un autre que nous employons. Voulant être lus et compris nous devons nous plier à notre auditoire. L’écrivain lui-même, déploie ce langage singulier, y inclut ce qui fera de son travail un acte lisible (je ne parle pas ici du poète qui, à mon sens, dépasse cette idée parce qu’il se joue de cette intelligibilité).

Écrire pour autrui ne serait alors que le déplacement ou le glissement du texte d’un public indéfini à un autre, défini par le client, même si indéfini lui aussi, et le glissement mental de l’écrivant d’un point de vue à un autre. Double mouvement donc, celui du destinataire et celui du narrateur.

Tout cela pour dire qu’il est possible d’écrire pour les autres par amour d’autrui et par amour de l’écriture. Ce n’est qu’un glissement d’intérêt et non une incompatibilité de fond.
C’est transposer une passion à l’intérieur d’une autre ou la déterritorialiser. Débat ouvert.

Tous mes remerciements à Angélique Allain pour l’utilisation de ses photographies.

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