abécédaire des urbains, C comme collabo

abécédaire des urbains, C comme collabo

Un texte écrit à la sympathique invitation des Urbains de Minuit.

Renversements de valeurs

Je suis libre.

Vous êtes libres.

Il est libre.

Le sommes-nous ? Sommes-nous libres de penser, d’agir, de convaincre ?

Je dois m’indigner.

Qui suis-je ? Que suis-je ? « Collabo ». Oui, collabo : je ne m’exaspère pas de voir mes semblables-dissemblables dans la rue, à côté de chez moi. Je ne crache pas sur l’étranger, de préférence maghrébin, ni de marmonne quelque parole dans ma barbe sur son passage.

Collabo. Ce terme est troublant. D’autant plus si quelqu’un vous l’assène. Premier renversement. Collabo, de collaborateur : personne qui aide, qui travaille avec ou qui permet l’obtention d’un résultat. Ce mot est devenu synonyme de salaud qui pactise avec l’ennemi. Salaud. Vichyste, pétainiste, milicien, institution traîtresse, celui qui vend le juif, le déporte, qui dénonce ou emmène à la mort.

Collabo. L’homme tolérant, ouvert à d’autres formes de coutumes, cultures et cætera, est devenu par un jeu de symétrie l’affreux, le traître, celui par qui le malheur arrive, le profanateur de valeurs, l’abominable. Dans ce même mouvement, dans ce second renversement, le raciste est l’envahi, le mis à mal, le fragile, le tzigane, l’homosexuel, le malade mental, le juif de 1942 ou le résistant patriote, libertaire. L’anarchiste ?

Dans ce jeu, que peut-on dire ? Que celui qui profère ce mot est islamophobe, xénophobe ou raciste ? Cela n’a malheureusement pas d’impact sur cette pensée du renversement de valeurs. Les différents sites d’extrême-droite, identitaires, nationalistes (que je ne citerai pas ici pour éviter leur référencement supplémentaire sur la toile) montrent que ces critiques n’ont pas d’effet et que dans le temps même où leur parole nous affecte, la nôtre glisse sur eux comme une perle de pluie sur une feuille. C’est bien là le danger.

Ce renversement est celui du bourreau ordinaire en victime et de l’autre en salaud.

Non, je ne serai pas un salaud mais je ne sais que faire.

Et je continuerai à écrire.

Emmanuel Desestré aux Urbains de Minuit

15/04/2015


Au sommaire de ce n°52 du Web Journal des Urbains de Minuit :

Coups de Cœur

– Joyeux bordel, d’Andrew Boyd et Dave Mitchell, par Maria Ceresa
– Encyclopédie des Urbains : Le Rien, par Polydèle
– 365 jours avec Tonton, par Gilbert Donzel
– Le blues du Chieur-de-blette, à propos de Faulas de Nissa (Fables de Nissa) de Joan-Luc Sauvaigo, par       Dom Corrieras
– Les esclaves oubliés de Tromelin, et les autres, par Sonia Grdovic
– L’URBAIN FAIT C’QUI LUI PLAIT ! (pastiche), par Polydèle
– Truc sage : la liberté selon Spinoza

Autres coups

– Dans ton culte : mail order and Father Paul, par Sonia Grdovic
– Danger de guerre et délire sur terre, par Gianni Marsiglia
– Femmes de quartier, et moi et moi, par Ta Gali
– Abécédaire des Urbains : lettre C pour Collabo(rateur), par Emmanuel Desestré
– Ma liberté (article en italien et français), par Gianni Marsiglia
– Modes alimentaires et radicalismes, par Fabio de Giovanni
– Les vrais délinquants de la prostitution, par Maria Ceresa
– Codes déifiés, par Christelle Viry
– Femmes, la mode nous fake, par Francesca Acquaviva
– Androïdes, êtres humains et autres créatures, par Phil Az
– La marelle de l’anarchie, par Francesca Acquaviva
– Dissoudre le corps des femmes, par Narki Nal
– Nice, Occitanie, deux minutes d’arrêt, par Ta Gali

CHRONIQUE   :   E pericoloso sporgersi par Claudie

…. Avec, bien sûr, de nombreux et redoutables TRUCS À LA CON, et les événements Urbains

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