Utopie corporelle de l’artiste

Utopie corporelle de l’artiste

Un texte écrit pour le numéro 53 des Urbains de Minuit, consacré à la frontière, au corps, à l’Italie et à la création artistique.

Le corps est une prison, un lieu dont nous ne nous échappons jamais du réveil à l’endormissement. Comme le suggère Michel Foucault[1], nous pouvons le mouvoir, le reposer, jouer avec mais jamais nous en évader. Il nous suit partout, dès que nous avons les yeux ouverts, il  nous enferme à chaque instant. Le corps est une prison implacable, un endroit qui nous contient autant que nous sommes ce lieu. Ce corps et cet esprit indissociables, inséparables, peut-être « inséparés », nous les éprouvons sans relâche tout au long de chaque journée quand bien même nous ne le désirerions pas.

Le corps est en même temps la frontière qui sépare l’individu du monde et l’interface qui le relie à lui. Le corps, lieu où se logent les émotions provoquées par le monde, réceptacle et medium qui nous permet de l’appréhender, il devient frontière, barrière nous poussant à nous retrancher et nous replier sur nous-même, permettant de forger notre identité. Pourtant cette identité se forge à partir du monde, à partir de l’autre : un autre comme nous-même, celui que nous reconnaissons ; un autre aux qualités réifiées ; un autre fantasmé, enlaidi ou éblouissant, barbare ou exotique.

Le corps est tout cela. Le corps permet de vivre, de penser et nous vivons ce corps, malgré nous. Ce corps faible, fragile, sensible à son environnement, l’homme n’a de cesse de vouloir le renforcer : il cherche un corps puissant sans jamais pouvoir le saisir entre ses propre bras ni du regard. Jamais le corps ne se voit ni ne s’englobe.

Cherchant au creux de sa corporalité, l’artiste y puise sans cesse les ressources de son art. Le corps est vecteur de pensée, d’action, il garde la trace des mouvements passés, il se contrôle lui-même, libérant son habitant des contingences et des nécessités quotidiennes du mouvement. Mais le travail artistique est-il seulement le fruit de ce corps ? N’est-il pas le moyen d’échapper à l’inexorable prison corporelle de l’homme ? Le corps n’est pas, ne peut pas être une simple machine à créer. Le corps serait davantage un moyen de se transposer hors de lui-même par le processus de création et, conjointement, dans l’œuvre ainsi créée. L’artiste fabrique alors, à chaque instant de son vécu mental et physique, une utopie corporelle, perpétuant et réalisant le désir de l’humain d‘échapper au pénitencier de chair. Ce corps donc est catalyseur d’utopies, siège de toutes les utopies vécues, intérieures et arrachées à lui dans l’acte de créer, nourries de l’épaisseur du vécu, de l’intime dans une mise en résonance et en « raisonnance ».

Emmanuel Desestré aux Urbains de Minuit

14/05/2015

[1] FOUCAULT Michel, L’utopie du corps, 1966, https://www.youtube.com/watch?v=NSNkxvGlUNY


Communiqué :
L’Urbaine et l’Urbain, nonobstant leur « urbanisme », aiment la terre, la Terre et le Vivant. Ça les ennuie, les frontières, de s’y cogner. Qu’on y vienne mourir leur est chose impensable, insupportable… surtout en Italie. Peccato. Misère. Horreur. Rabbia.
Des rêves traversent les Urbains : de vraies rencontres, des corps à corps-tango, des bas-les-masques, sortir des limites, franchir les frontières, CRÉER, donner à voir, se livrer, partager, se nourrir des autres, nourrir l’autre.
Alors entrez ! Entrez donc dans ce 53ème dédale… Entrez ! comme vous êtes invité(e)s à le faire bientôt dans les Ex Magazzini, Vecchia Stazione di Sanremo, pour CONFINE DEL CORPO EXPERIENCE, Italie !

« Dans un monde qui semble nous morceler, seul le fait de faire un lien véritable entre les choses donne les forces nécessaires pour continuer ». Fantazio

http://www.lesurbainsdeminuit.fr/

Au sommaire de ce n°53 du Web Journal des Urbains de Minuit :

Coups de Cœur :

– Utopie corporelle de l’artiste, par Emmanuel Desestré
– Possibilité d’une liberté à Nice : workshop avec la Compagnie Antipodes, par Nyden Lafée (republication)
– Lignes imaginaires / Linee immaginarie, par Fabio Lupi pour le Colletivo Sanremo Rimasti (textes français et italien)
– Tatouage, guérison du corps et de l’âme, par Ta Gali
– L’album des Urbains de Minuit : le corps dans le vide, par Christelle Viry
– Tango comme thérapie du corps/ Tango come terapia del corpo par Fabio de Giovanni (texte français et italien)
– Games of Thrones pour les nuls : attaquer les frontières, gagner des territoires, par The Kingdom
– Libera terra : là où la mafia a perdu (republication), par Gianni Marsiglia
– Avec ou sans ? par Claudie
– Histoire du Rom qui parlait très bien le français, par Zacloud
– Masques pour guérir l’âme, par Iara Borges
– Encyclopédie des Urbains : Comptines « enfantines », par Polydèle
– Mamie, tu m’apprends la cuisine (italienne) ? par les jeunes intellos de Milan
– Abécédaire des Urbains : lettre S pour ( un peu de) Silence (s’il vous plaît), par Phil Az
– La Kahina, de Gisèle Halimi, par Narki Nal
– Apostasie pour tous ! par les UdM
Autres coups:

– Tragédie des migrants en Méditerranée, chez nous, par les jeunes étudiants de Sicile
– The day the hearth stood still : Mac Do expérience, par Alain Brioudes
– Villes : les frontières invisibles, article collectif et international
– Propagande et archéologie : Romains Vs Étrusques, par les jeunes intellos de Milan
– Italie : Nord Vs Sud, par les jeunes intellos de Milan
– Étrangers, ici et là, par les jeunes intellos de Milan
– ExpoNoExpo_ Milano 2015, par Gianni Marsiglia (textes français et italien)
– Urgent : pétition contre la loi Renseignement, par les UdM

CHRONIQUE : Abattre les frontières, par Narki Nal

Sans oublier nos nombreux et redoutables TRUCS À LA CON, et les événements Urbains, surtout un !

Bonne lecture, bon printemps

P.S. : N’oubliez jamais que votre avis nous intéresse !

La rédaction en chef des UdM

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