De la réforme de l’orthographe

De la réforme de l’orthographe

Pressé par mon métier ainsi que par plusieurs personnes de mon entourage à me prononcer sur le sujet, j’ai décidé d’écrire quelques lignes sur le sujet brûlant qu’est la « La réforme de l’orthographe ».

Il est bon de rappeler que cette réforme n’en est pas vraiment une au sens administratif. Comme le rappelle l’Académie française dans un communiqué du 16 février 2016, la réforme du 6 décembre 1990 n’est qu’un ensemble de recommandations. La vénérable institution rappelle aussi que seul l’usage rend compte des évolutions de la langue et en aucun cas le pouvoir politique ou une quelconque administration. Le débat qui fait rage chez nos politiques et sur les réseaux sociaux est un débat illusoire : ces rectifications sont déjà partiellement appliquées et ont été pensées afin de permettre d’écrire autrement, plus simplement et de façon plus cohérente.

Ce débat ne serait-il pas seulement un instrument pour décrédibiliser une ministre en exercice (sans lien avec sa politique, dont il n’est pas question ici)  et qui n’est en rien responsable des réflexions de l’Académie ? Ne serait-ce pas un plaidoyer pour le maintien d’une langue fantasmée, prétendument figée et pétrie de nostalgie ? Je dois m’expliquer sur ce point : il y a là, non pas une langue d’avant rectification et une langue d’après, mais une langue en constante évolution, modifiée par les usages, élaborée par ceux qui l’écrivent et la parlent et il ne viendrait à l’esprit de personne de prétendre que faits doit s’écrire faitz ou faictz et ce, au mépris du temps qui passe et des usages qui en ont découlé. Ce qui change en profondeur, c’est la possibilité d’écrire d’une façon ou d’une autre sans être fautif (au regard d’un enseignant ou d’un lecteur lambda).

Rappelons-nous que la langue française a fait l’objet de décisions fortes, non sans houle, comme l’ordonnance de Villers-Cotterêts fustigée par Henri Estienne en 1539. Cette même ordonnance, dont certains articles sont toujours en vigueur, a fixé l’usage du français comme langue administrative. François 1er, par cet acte, a donc fait d’un parler vulgaire du royaume de France, une langue de culture, portant un coup fatal au latin, depuis longtemps prépondérant. L’Académie française, elle aussi, a œuvré par le passé pour imposer le pluriel d’enfant en enfants et non en enfans, pour transformer collége en collège ou faire disparaître le tréma de poëte. Entériner des usages, en fixer l’évolution et faire disparaître des incohérences impropres à une époque, telles sont les missions de l’Académie française et d’autres instances comme le Conseil supérieur de la langue française.

Il est bon, en ces temps de nouveau troublés par les débats sur la « bonne » façon d’écrire, de rappeler que la plupart d’entre nous font des fautes récurrentes, bien compréhensibles, sur tel ou tel point de notre langue complexe et truffée d’exceptions. Les rectifications proposées par l’Académie française sont un ensemble de recommandations qu’il est loisible de suivre ou non. Personne, je dis bien personne, ne propose de transformer arbitrairement notre langue de but en blanc. Que les manuels scolaires mettent en application ces recommandations vieilles de vingt-six ans posera des soucis dans l’Éducation nationale et compliquera peut-être la tâche des enseignants. Néanmoins, un grand nombre d’élèves et beaucoup d’adultes sortis de l’école feront peut-être ainsi moins de fautes. Toutes ces recommandations n’empêcheront nullement de profiter de la langue de nos auteurs et qui, elle, ne sera pas modifiée pour l’occasion.

Réforme de l’orthographe : internet et la mauvaise foi

Ont fleuri sur la toile nombre de parodies et autres messages mensongers. Certains fustigeaient l’arbitraire de la réforme, d’autres arguaient de l’importance de l’accent circonflexe bientôt disparu. Les critiques sont souvent maladroites, j’en veux pour preuve cet exemple, soigneusement rectifié : apprendre à écrire n’est pas seulement une question d’orthographe, mais aussi de syntaxe, de grammaire, de style…

Non, l’accent circonflexe n’est pas mort – connaître peut toujours s’écrire ainsi – et son emploi à des fins de différenciation est toujours d’actualité (comme dans , mûr et sûr, jeûne…) Rien n’oblige non plus à utiliser la totalité des recommandations. À chacun de s’approprier ce qui l’arrange. Les points portant sur les numéraux composés sont intéressants et vont dans le sens d’une clarification tout à fait utile : vingt et un tiers (20+1/3) se différenciera de vingt-et-un tiers (21/3). L’ensemble des points proposés est accessible ici, et vous permettra de vous faire un avis plus pertinent que par la presse française. Lire aussi l’excellent article « Quel cirque, ce flexe ! » sur le site « Parler français ».

Pour l’écrivain conseil

Le professionnel de l’écriture que je suis continuera, sauf recommandation expresse de la part de ses clients, à utiliser majoritairement l’orthographe dite traditionnelle. J’aurai cependant toute latitude à m’approprier les ajustements qui me paraîtront opportuns.

En tant qu’écrivain conseil et écrivain public, je sais fort bien que la langue est un puissant outil de domination. Vivre sans savoir écrire mais aussi en ayant un rapport contrarié à la langue est une souffrance et une honte pour beaucoup. Je sais aussi que la maîtriser est un travail quotidien et que si je vis en écrivant pour les autres, c’est que nous ne sommes pas tous dotés des mêmes capacités d’écrire et de nous adapter, par le langage, à toutes les circonstances. Si les enjeux de ces propositions est que davantage de personnes pourront accéder à ces qualités, et qu’ils souffriront moins dans leur rapport au français, alors oui, je suis farouchement pour ces propositions.

Concernant votre traitement de texte

J’avais déjà fait un article sur ce sujet, à vous de choisir les solutions que vous vont le mieux.

Besoin d’un conseil en écriture ou d’un écrivain public ? Suivez le guide.


Vous trouverez ici un récapitulatif des règles rectifiées :

Règles

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