Lorsque j’ai commencé à exercer ce métier de biographe, j’en avais une idée assez figée. Je pensais qu’une bonne biographie était essentiellement composée de texte et qu’il était possible d’ajouter deux ou trois photos pour l’illustrer. Il se trouve que mon premier travail d’écriture biographique a été consacré à un petit livre illustré, portant sur l’enfance d’une narratrice. Sans ses dessins, l’opuscule manquerait d’intérêt, tant la singularité visuelle est frappante.
Depuis, j’ai mis en page et écrit des biographies et des livres familiaux illustrés. Dans l’acte de présenter des documents, il y a aussi grande générosité que dans celui de raconter sa vie.
Dans certains cas, les photographies et les documents sont essentiels, ils viennent combler les trous de la mémoire. Dans d’autres, ils deviennent comme le terreau pour des apartés, des pauses dans le récit, le prétexte à des explications techniques, voire la possibilité de montrer les non-dits. Tous ces visuels racontent aussi le rapport de la narratrice ou du narrateur à l’image et à ses sujets.
Alors, pourquoi choisir ? Les photos familiales sont un excellent moyen de stimuler la mémoire. Pour les biographes et leurs client.e.s, elles constituent le terreau fertile des souvenirs, des émotions et des relations passées. Posées sur la table, passant de mains en mains, elles sont une médiation formidable et le point de départ d’un travail narratif. Mais, hormis ces avantages, ces fonctions, les photographies apportent au lecteur une réalité que le langage ne permet pas toujours. Le noir et blanc, par exemple, laisse l’imagination assez libre.
Qui est cet homme qui illustre cet article, là, au milieu d’un champ, près d’Empurany, en Ardèche ? Il fait partie du cortège photographique de ma famille. Je sais que ce jeune homme a posé lors du passage de mon père durant la guerre, en 1942, qu’il a connu ma famille paternelle. Il serait facile de reléguer cette image aux oubliettes. Pourtant, en écrivant ces lignes, je me dis que je dois lui donner une seconde vie, parler de lui, imaginer qui il pouvait être, avec sincérité, mais loin des exigences de véracité de l’exercice autobiographique.
Sortez vos photos de famille, elles ont tant à exprimer !
