Des gestes qui ne trompent pas
S’il y a bien un environnement qui a changé du sol au plafond dans le dernier siècle, ce sont nos campagnes. Les visages, les usages, tout a bougé : pourtant, il reste pour les gens de la terre d’indéfectibles exigences. On n’échappe ni au travail ni à la patience que réclame une ferme, une exploitation agricole.
Il faut se souvenir : en deux siècles, les paysans sont passés de la moitié de la population française à deux pour cent. Il faut moins de bras, les enfants ne sont plus la main-d’œuvre qu’ils étaient, c’est sûr. Mais la terre, elle, continue de réclamer qu’on y soit, qu’on veille, qu’on intervienne à chaque heure. On ne parle jamais de répit – ou si peu. Une semaine de vacances, c’est le bout du monde pour certains, femmes et hommes confondus, ces forçats du quotidien.
Rien de tout cela n’a la couleur de la vie moderne. Pour nous, enfants du milieu du XXe siècle, vivre à la campagne, c’était autre chose : se lever tôt sans broncher, plonger dans la lumière pâle, filer nourrir les bêtes, faire des fagots, aller au puits. L’eau qui ne sortait pas du robinet, ça forme le geste et le caractère. Les saisons scandaient les jours, la terre battue sous les pieds et l’odeur du bois qui enveloppait les fins d’après-midi.
La mémoire, ça se ramasse aussi
Dans ma famille, tout le monde n’avait pas l’eau de la ville ni l’électricité, même dans les années 1990. Les sanitaires : une pure fantaisie ! À chaque visite chez les grands-oncles et tantes, il y avait du mystère dans l’air. Le soir venu, on racontait au petit que j’étais les histoires d’un autre siècle, tandis que les volutes du tabac gris s’entremêlaient aux fumées du fayard crépitant dans la cheminée. Je regardais les manières de table, les outils insolites, les croyances tordues, un bric-à-brac magique à la frontière du vrai et du merveilleux. Aujourd’hui, je mesure à quel point c’est précieux d’en consigner la mémoire.
Collectez, consignez, gardez tout ce que vous pouvez des souvenirs de vos anciens. Sans décorer, sans enjoliver, mais avec le sérieux d’un ethnologue. Ils sont la voix d’un monde qui a su vivre, tenir bon, trouver des joies là où nous ne nous arrêterions même plus. Lancez-vous, écrivez votre biographie, rassemblez le livre de votre famille. C’est le seul moyen de ne pas perdre le fil – le fil de la vie paysanne, le fil d’une véritable mémoire.
Et si vous ne savez pas par où commencer, demandez conseil. Contact.
