J’aime les courtes habitudes et je les tiens pour des moyens inappréciables d’apprendre à connaître beaucoup de choses et des conditions variées, pour voir jusqu’au fond de leur douceur et de leur amertume ; ma nature est entièrement organisée pour les courtes habitudes, même dans les besoins de sa santé physique, et, en général, aussi loin que je puis voir : du plus bas au plus haut.
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, §295
Saisir les courtes habitudes, un conseil pour les (auto)biographes
J’aime les courtes habitudes, vous devriez les aimer aussi. Car on aurait tort de seulement chercher dans une vie des habitudes durables, régulières. Dans la vie d’une femme ou d’un homme, rien n’est plus plaisant que de repérer une curiosité insatiable.
De courtes habitudes, nous en avons tous, mais nous n’y pensons pas toujours. Si, comme Nietzsche, on peut les considérer comme une nécessité, nous nous rattachons surtout à celles qui ont duré, comme si elles étaient plus valables ou plus sérieuses. Elle sont évidentes, facile à dépeindre.
Pourtant, pour constituer un bon récit de vie, une bonne biographie, le biographe devrait aller chercher ces variations, ce dont narratrices et narrateurs ont été rassasiés sainement. Relations, manières de faire, passions, hobbies, qui ont peu duré, peuvent devenir ce qui constitue la chaleur d’un récit. Sans ces apports, une biographie pourrait bien devenir trop lisse, évidente, trop… artificielle.
Pour aller plus loin, lisez Les courtes habitudes, Nietzsche à Nice de Pierre Parlant, Antiphilosophique Collection, éditions Nous, mais aussi Lettres d’Italie, des lettres choisies et traduites par Florence Albrecht et Pierre Parlant, dans la collection VIA, chez le même éditeur.
Photographie : Friedrich Nietzsche en 1875, par Friedrich Hermann Hartmann
